Groenland・Mo Malø

Groenland・Mo Malø

Le pays qui n’était pas à vendre

Mo Malø cultive une discrétion presque élégante, à l’image de ses intrigues : précises, feutrées, redoutablement efficaces. Auteur français à l’imaginaire affûté, il s’est imposé par une écriture rythmée et visuelle, où le suspense avance à pas feutrés, toujours au bord de la révélation.

Révélé par des romans destinés à la jeunesse et aux adolescents, il ne s’y cantonne pourtant pas : son univers traverse les âges, porté par un goût marqué pour les atmosphères sombres, les mystères psychologiques et les décors chargés de non-dits.

Chez Mo Malø, l’enquête est moins un prétexte qu’un art de la mise en tension, où chaque détail compte et où le silence pèse autant que l’action.

Son style, limpide et cinématographique, privilégie l’efficacité sans jamais renoncer à une certaine élégance narrative. Un auteur qui écrit comme on entrouvre une porte dans la pénombre : avec retenue, mais en sachant exactement ce que l’on va révéler.

Avec Groenland, Mo Malø signe un thriller d’anticipation aussi vif qu’un coup de froid arctique : une fable politique tendue qui transforme l’immense île glacée en scène d’un pacte tragique entre puissance et souveraineté.

Imaginé dans un futur proche où le Groenland a accédé à l’indépendance, le récit s’ouvre sur une idée aussi scandaleuse qu’irrésistible : contraint par des ravisseurs qui ont pris en otage sa femme et sa fille, le Premier ministre groenlandais – Frederik Karlsen – est forcé de mettre son pays aux enchères, sous les yeux médusés du monde entier. États-Unis, Chine, Russie et même le Danemark entrent dans une course folle pour s’approprier ce territoire aux ressources et à la position géostratégique inestimables.

Mo Malø orchestre cette tragédie politique comme un compte à rebours implacable.

La tension, presque cinématographique, ne dépend pas de scènes d’horreur graphique mais de la violence diffuse du pouvoir et des chiffres, et de cette idée vertigineuse qu’un pays puisse être traité comme un actif à acquérir.

Mais au-delà du suspense, ce court roman est une méditation sur la souveraineté, la mondialisation et notre rapport à la nature. Un choc esthétique qui renvoie chaque lecteur, une fois la dernière page tournée, à la question essentielle – d’autant plus d’actualité au vu des dernières préoccupations du président Trump : peut-on vraiment imaginer qu’un peuple devienne une marchandise ?

Editions de la Martinière

 

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