Shango・

Shango・

Dans le vaste océan des récits d’aventure, Shango trace une trajectoire singulière, où l’épopée maritime se conjugue à une mémoire longtemps oubliée, celle des escales africaines et des hommes arrachés à leur terre natale.

Dès la première page, ce nouvel album, paru aux Éditions Robinson en février 2026, s’impose comme une fresque aussi audacieuse qu’élégante, capable d’ébranler l’imaginaire traditionnel de la piraterie.

Loin des représentations hollywoodiennes souvent empreintes de folklore léger et de fantaisie tropicale, Shango creuse un sillon plus profond et plus complexe. Nous sommes en 1639, sur la côte ouest du royaume d’Oyo, dans l’actuel Bénin : Shango, fils d’un chef de village, est capturé, réduit en esclavage et projeté vers l’inconnu des Caraïbes.

Ce destin brisé devient, dans les mains des scénaristes Arnaud Delalande et Marc de Banville, le point de départ d’une odyssée marquée par la violence du commerce triangulaire et par la quête héroïque de liberté.

Mais ce qui distingue Shango sur le plan esthétique et narratif, c’est cette capacité à marier l’aventure brute aux résonances historiques. Le récit restitue avec une humanité poignante l’ascension d’un homme qui, arraché à ses racines, reconquiert son destin en devenant pirate. Ce choix narratif – faire de la piraterie non pas une échappatoire fantasmée mais une lutte pour l’émancipation – confère à l’album une dimension presque mythologique, évoquant autant Spartacus qu’un héros vaudou défiant les éléments et les empires.

Visuellement, l’ouvrage, magnifiquement dessiné par Guy Michel et mis en couleurs avec soin, déploie des planches aux atmosphères maritimes puissantes : tempêtes grondantes, voiles noires battant au vent, visages burinés par l’écume et le soleil. Chaque planche est une invitation à contempler le rythme chaotique de la mer, la tension d’un abordage, ou encore le silence grave d’un pont déserté.

On y trouve une élégance narrative qui transcende l’action pure, transformant la lecture en une expérience sensorielle.

Éditions Robinson

 

Cet article a été publié dans la catégorie BD.

 

Qu'en pensez-vous ?