Dans la nuit électrique de Beyrouth, il est des lumières qui ne scintillent plus tout à fait de la même manière. Avec Beyrouth Paradise, David Hury compose une enquête aux contours mouvants, où le polar devient une traversée des absences.
Décembre 2024. À Maameltein, enclave nocturne au nord de la capitale libanaise, les néons des clubs persistent, mais leur éclat semble fatigué, comme filtré par la crise. Seul le Paradise continue d’orchestrer son théâtre kitsch – champagne ostentatoire, danseuses insaisissables, promesses éphémères. C’est là qu’une jeune Ukrainienne disparaît, engloutie dans un silence presque ordinaire.
Chargé de la retrouver, Marwan Khalil, ancien policier devenu détective privé, avance dans un labyrinthe où chaque piste se dérobe. Car au Liban, les disparus ne sont jamais de simples faits divers. Ils portent en eux une mémoire collective : celle des milices dissoutes, des prisons syriennes, des vies suspendues sans trace. Pour Marwan, cette disparition réveille des fantômes – et avec eux, une fidélité presque obstinée à ceux que l’on a cessé de chercher.
Le roman déploie une atmosphère dense, presque suffocante, où la nuit devient un territoire moral autant que géographique. Dans ce monde parallèle, régi par ses propres règles, le silence est une loi, et la vérité, une matière instable. En toile de fond, un Liban en bascule, traversé par des secousses historiques et une incertitude persistante.
Avec Beyrouth Paradise, David Hury signe un récit hanté, où l’enquête importe autant que ce qu’elle révèle : un pays, des blessures, et cette énigme irréductible du disparu. Un polar crépusculaire, habité, qui s’attarde moins sur la résolution que sur ce qui, inexorablement, échappe.








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