Ayako Sakuragi・

Ayako Sakuragi・

Sillons de lumière

Avec Sillons de lumière, Ayako Sakuragi invite à regarder autrement. Présentée à Ithaque, l’exposition révèle une photographie débarrassée de l’instantanéité, où l’image devient le lieu d’une rencontre fragile entre la lumière, le temps et l’imprévisible.

À travers le sténopé, dispositif photographique primitif réduit à une boîte percée d’un minuscule trou, l’artiste engage ce que Michel Poivert décrit comme une « confrontation radicale avec les principes mêmes de la photosensibilité ». Sans objectif ni artifice optique, la lumière devient ici le véritable agent de l’image. Les longs temps de pose enregistrent moins un instant qu’une durée, laissant apparaître les mouvements continus du monde et les traces presque fantomatiques de ce qui s’y déroule.

Cette manière de photographier trouve ses racines dans une expérience fondatrice. Depuis le grand tremblement de terre qui a frappé l’est du Japon en 2011, Ayako Sakuragi développe une recherche autour de notre rapport au vivant et à la perception. L’événement transforme son regard et fait émerger une conviction essentielle : l’être humain n’est pas séparé de la nature, il en est une composante.

Ses photographies cherchent dès lors à rendre perceptible ce qui échappe ordinairement au regard. La lumière y apparaît comme une matière en mouvement, une onde qui, à l’instar du son, se propage et transporte des informations. Les images deviennent alors les empreintes d’une réalité plus vaste que ce que l’œil peut immédiatement saisir : mémoire, vibration, présence.

Née à Tokyo en 1978, Ayako Sakuragi possède un parcours à la croisée des disciplines. Après des études de littérature française à l’Université Sophia et une formation en stylisme au Studio Berçot à Paris, elle travaille onze années chez Comme des Garçons, avant de se consacrer aux arts plastiques. Diplômée de la Tokyo University of the Arts en 2021 puis de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2022, elle poursuit aujourd’hui ses recherches entre Paris et Arles en tant que doctorante en création à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Finaliste du Prix Dior de la Photographie et des Arts Visuels pour Jeunes Talents en 2024 puis du Prix Sisley des Beaux-Arts de Paris en 2025, elle développe une œuvre où photographie et perception se rencontrent avec une remarquable singularité.

À l’occasion du vernissage, Vincent Rioux prolongera cette recherche par une installation sonore conçue spécialement en dialogue avec l’exposition. Image et son, lumière et vibration entreront ainsi en résonance, comme deux manifestations d’une même matière invisible.

À l’heure où les images se fabriquent et se consomment à une vitesse vertigineuse, Sillons de lumière choisit résolument l’autre chemin : celui de la lenteur. Chaque photographie demande du temps, comme elle en restitue. Elle invite à suspendre le regard, à accepter l’incertitude et à retrouver une attention plus fine aux phénomènes qui nous entourent.

Une exposition délicate et profondément contemporaine, où photographier ne consiste plus à capturer le monde, mais à attendre qu’il laisse une trace de sa lumière.

Ithaque · 5. Rue des Haudriettes 75003 Paris

www.ithaque-paris.fr

 

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