L’ouvrage de référence du Bicentenaire de la Photographie
Deux siècles après les premières expérimentations photographiques, l’ouvrage PHOTOgraphies – Le Bicentenaire de la Photographie accompagne une célébration d’une ampleur inédite. Du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027, près de mille projets – expositions, publications, colloques, journées d’étude, actions pédagogiques, collectes et projets audiovisuels – feront dialoguer la photographie à travers la France, dans ses territoires hexagonaux comme ultramarins, ainsi que dans près de trente pays.
Mais ce bicentenaire ne se résume pas à une commémoration. Il constitue une occasion rare de regarder à nouveau les images qui ont façonné notre rapport au réel. Depuis son invention, la photographie n’a cessé de nourrir un rêve d’exactitude : celui de fixer le monde avec une précision que l’œil humain semblait incapable de reproduire. En 1839, lors de la présentation de la loi sur la photographie devant la Chambre des députés, François Arago incarnait cette fascination pour une technique appelée à abolir, croyait-on, la distance entre l’objet et sa représentation.

L’histoire allait rapidement démontrer combien cette prétendue objectivité était illusoire. Une photographie est toujours le résultat d’un regard, d’un choix, d’une lumière, d’un cadrage, d’un procédé. Cette distance entre le réel et sa représentation a paradoxalement offert aux artistes une formidable liberté : transformer, interpréter, inventer. Mais elle a également ouvert la voie aux manipulations et aux falsifications, bien avant l’apparition des technologies contemporaines.
C’est pourquoi apprendre à regarder les photographies demeure essentiel. À une époque où les images sont omniprésentes, leur profusion risque paradoxalement de rendre invisible leur fabrication, leur matérialité et les intentions qui les sous-tendent. Le Bicentenaire invite ainsi à ralentir le regard pour comprendre ce que nous voyons – et ce que nous ne voyons pas.
L’ouvrage accompagne également la redécouverte de fonds photographiques longtemps demeurés dans l’ombre. Les collections de l’INA, de l’École polytechnique, de l’Office national des forêts, du parc national des Écrins, ainsi que celles de nombreuses universités et écoles d’art révèlent des pans méconnus de notre histoire visuelle. Ces archives ne sont pas de simples réserves d’images : elles constituent des territoires de recherche capables de renouveler notre connaissance des auteurs, des usages et des sociétés qui les ont produites.
Car la photographie n’a pas seulement enregistré le monde. Elle l’a profondément transformé. Elle a inventé de nouvelles manières de représenter les individus, les familles, les territoires et les événements, participant à la construction d’une mémoire aussi intime que collective. Dans La Chambre claire, Roland Barthes avait magnifiquement formulé cette puissance mélancolique de l’image : celle du « ça-a-été », cette présence paradoxale d’un instant qui, au moment même où il est fixé, appartient déjà au passé.
Depuis les premiers albums familiaux jusqu’aux images instantanément partagées sur les réseaux sociaux, la photographie accompagne ainsi notre désir de conserver ce qui disparaît. Elle rassemble les souvenirs privés comme les grands récits collectifs, forgeant au fil des générations une mémoire visuelle de nos existences.
PHOTOgraphies célèbre donc bien plus qu’une invention technique. L’ouvrage raconte une révolution du regard : deux siècles durant lesquels l’humanité n’a cessé de se photographier pour comprendre ce qu’elle était, ce qu’elle devenait et ce qu’elle risquait d’oublier.
À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse à son tour notre rapport aux images, cette célébration prend une résonance particulière. Regarder la photographie, c’est désormais aussi apprendre à distinguer le réel de sa représentation.
Deux cents ans après ses premières lumières, la photographie n’a rien perdu de son mystère. Elle demeure cette étrange machine à arrêter le temps – et, paradoxalement, l’un des moyens les plus puissants de raconter son passage.








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