Deux siècles de photographie, et après ?
À Beauvais, la photographie s’apprête à célébrer son bicentenaire avec un festival qui regarde résolument vers l’avenir. Pour sa 23ᵉ édition, les Photaumnales inaugurent la saison nationale consacrée aux 200 ans de l’invention de la photographie en France, en faisant de la région Hauts-de-France un vaste territoire d’expérimentation, de mémoire et de création.

Intitulée « La Photographie et après ? », cette nouvelle édition pose une question aussi simple que vertigineuse : que devient l’image photographique lorsque ses frontières traditionnelles se dissolvent ? En partenariat avec Le Quadrilatère de Beauvais, lieu d’exposition principal, le festival imagine un dialogue fécond entre l’histoire d’un médium né il y a deux siècles et les pratiques les plus contemporaines.

Car la photographie n’est plus seulement affaire de papier, de négatif ou de tirage. Elle devient matière, installation, archive, dispositif immersif, image générée ou transformée par l’intelligence artificielle. Elle se réinvente au contact d’autres disciplines, brouillant les frontières entre photographie, art numérique, sculpture, cinéma et installation. Les artistes réunis cette année explorent ainsi les territoires mouvants de la post-photographie, interrogeant notre rapport à la mémoire, à la matérialité de l’image et à sa circulation incessante.
Deux siècles de regards
Au Quadrilatère, le festival déploie un parcours particulièrement ambitieux qui embrasse deux siècles de création photographique. Trois temps forts structurent cette traversée : une exposition patrimoniale consacrée à l’histoire de la photographie dans le Beauvaisis, le travail de Stéphane Couturier, figure majeure de la photographie française contemporaine, et six projets consacrés aux nouvelles pratiques issues du champ de la post-photographie.


Cette confrontation entre héritage et innovation constitue sans doute l’une des grandes singularités de cette édition. Les procédés anciens ne sont pas envisagés comme de simples reliques, mais comme des sources d’inspiration susceptibles d’être réactivées par les artistes d’aujourd’hui. L’archive, elle-même, cesse d’être un lieu figé : elle devient une matière vivante, que l’on peut revisiter, déplacer, recomposer et réinterpréter.
La mémoire comme territoire artistique
Le bicentenaire prend une dimension nationale grâce au partenariat avec la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, qui ouvre exceptionnellement ses collections. Vingt-cinq grands noms de l’histoire de la photographie sont ainsi présentés à travers un parcours qui se déploie dans plusieurs communes de la région.

Cette circulation des œuvres trouve un écho particulièrement symbolique à Breteuil-sur-Noye, avec l’ouverture exceptionnelle de la maison natale d’Hippolyte Bayard, pionnier français de la photographie. Deux siècles après l’invention du procédé, revenir sur les lieux où s’est écrite cette histoire permet de mesurer combien la photographie demeure liée à une aventure faite d’inventions, de tâtonnements, de rivalités et de visions.
Un festival à ciel ouvert
Mais les Photaumnales ne se contemplent pas uniquement entre les murs des institutions culturelles. Déployée à travers les Hauts-de-France, la manifestation investit également l’espace public et les territoires ruraux, de Clermont-de-l’Oise à Amiens, de Berck à Noyon.
Dans les petites communes de Picardie comme dans les villes partenaires, les photographies prennent possession des rues, des façades et des lieux du quotidien. Le festival transforme ainsi le territoire en galerie à ciel ouvert, offrant aux habitants et aux visiteurs un parcours artistique qui échappe aux frontières habituelles du musée ou du centre d’art.


Cette dimension territoriale, portée par Diaphane, est essentielle à l’esprit des Photaumnales. La photographie y devient un formidable outil de rencontre : entre les générations, entre les artistes et les publics, entre patrimoine et création, entre espaces urbains et territoires ruraux. Une manière de rappeler que la culture ne se résume pas à ses lieux consacrés, mais qu’elle peut surgir partout où un regard accepte de se poser.
La photographie après la photographie
Pour son 23ᵉ rendez-vous, Les Photaumnales célèbrent donc moins un anniversaire qu’une métamorphose. Deux cents ans après ses premières expérimentations, la photographie n’a rien perdu de sa capacité à surprendre. Elle a simplement changé de nature, multipliant les supports, les gestes et les imaginaires.

Avec « La Photographie et après ? », Beauvais et les Hauts-de-France deviennent le théâtre d’une réflexion passionnante sur ce que pourrait être l’image au XXIᵉ siècle. Entre plaques anciennes et intelligences artificielles, archives et installations immersives, mémoire et création, le festival dessine une histoire de la photographie qui ne cesse de s’écrire.
Une édition placée sous le signe de la transmission, mais surtout de la curiosité : car après deux siècles, la photographie n’en est peut-être encore qu’au commencement de ses métamorphoses.








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