Les Cieux Noirs s’impose comme un objet de gravité rare, une bande dessinée qui ne cherche ni l’éclat ni l’effet, mais la densité.
Alain Bujak, photoreporter habitué aux territoires blessés du réel, et Andrés Abiuso, dessinateur au trait sobre et habité, conjuguent leurs regards pour composer une œuvre où le monde semble constamment voilé par une lumière crépusculaire.
Ici, le ciel n’est jamais un décor : il pèse, il observe, il juge presque.
Le récit avance à pas feutrés, porté par une économie de mots et une puissance d’images qui disent davantage qu’elles ne démontrent. Alain Bujak apporte à la narration une mémoire du terrain, une sensibilité forgée au contact des zones de tension, tandis qu’Andrés Abiuso traduit cette matière humaine en compositions graphiques d’une austérité élégante. Les noirs profonds, les silences visuels, les visages parfois à peine esquissés construisent une atmosphère de veille inquiète, comme si chaque page retenait son souffle.
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Les Cieux Noirs refuse le spectaculaire. La violence, lorsqu’elle affleure, n’est jamais complaisante ; elle est diffuse, presque météorologique. On la ressent dans les regards, dans les paysages suspendus, dans cette impression persistante que quelque chose s’est déjà brisé.
Les Editions Futuropolis accompagne cette exigence formelle avec une édition à la hauteur : papier mat, mise en page respirée, respect du rythme lent imposé par le duo d’auteurs.
Œuvre de contemplation autant que de conscience, Les Cieux Noirs s’adresse à un lectorat qui accepte de se laisser envelopper par une narration sombre et réfléchie, loin des certitudes et des récits balisés. Une bande dessinée d’esthètes, oui, mais surtout un livre qui rappelle que le neuvième art peut encore être un lieu de gravité, de silence et de regard juste sur le monde.








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