Au cœur du quartier d’Okazaki, le Musée national d’art moderne de Kyoto accueille une exposition d’une rare subtilité : Shōji Kamoda et IM MEN. Plus qu’une rencontre entre mode et artisanat, l’événement propose un dialogue silencieux entre deux langages de la matière – la céramique et le vêtement – réunis par une même attention à la texture, au geste et à la présence des formes.

D’un côté, l’univers du céramiste Shōji Kamoda, figure singulière de la céramique japonaise du XXe siècle ; de l’autre, IM MEN, ligne lancée en 2021 dans le sillage de la pensée visionnaire de Issey Miyake. À première vue, tout semble les opposer : l’objet façonné dans la terre et le vêtement pensé pour le mouvement. Pourtant, l’exposition révèle ce qui les rapproche profondément : une recherche commune sur la surface, la tension des volumes et l’émotion tactile.
L’espace muséal devient alors un territoire de correspondances sensibles. Les œuvres de Kamoda – jarres, vases, formes sculpturales – déploient leur présence austère et magnétique.

Né à Osaka en 1933, formé à Kyoto, puis installé à Mashiko et Tōno, l’artiste a développé une esthétique profondément personnelle, marquée par des matières brutes, des motifs géométriques minutieusement construits et des formes presque archaïques, parfois rapprochées de l’esprit Jōmon. Ses pièces semblent habitées d’une force primitive, comme si la terre y conservait encore la mémoire du feu.
Face à elles, les silhouettes d’IM MEN ne cherchent jamais l’imitation littérale. Le vêtement ne copie pas la céramique : il en traduit l’atmosphère. La collection printemps-été 2026 s’inspire des qualités les plus insaisissables de l’œuvre de Kamoda – les nuances sourdes, les surfaces mates, les rythmes graphiques – pour les faire migrer vers le textile.

Cette démarche atteint une intensité particulière dans la série Urokomon, cœur de la collection. Inspirée de Jarre colorée, elle transpose les motifs et la texture de la pièce originale grâce à une technique de bonding opal, développée au terme de près de soixante-dix expérimentations de matériaux afin de retrouver cette qualité mate si particulière à la céramique de Kamoda. Le textile acquiert alors une profondeur presque minérale, comme si la matière conservait une mémoire tactile de l’argile.
Autre moment remarquable : la Curviness Shirt, inspirée de Vase, dont elle reprend les bandes chromatiques affirmées dans une construction fluide et architecturée. Ici encore, le vêtement devient surface en mouvement, espace de résonance plutôt que reproduction.

Ce qui frappe dans cette exposition, c’est la retenue du dialogue. Rien de spectaculaire ni de démonstratif. Les œuvres et les vêtements semblent se répondre à voix basse, dans une scénographie qui laisse la matière parler d’elle-même. Les plis du tissu prolongent les courbes de la terre ; les textures textiles évoquent la rugosité silencieuse des céramiques ; la lumière glisse pareillement sur les surfaces mates.

Shōji Kamoda et IM MEN rappelle ainsi que la création contemporaine peut encore se nourrir du temps long, du geste artisanal et de la contemplation des matières. À travers cette conversation entre argile et textile, entre héritage japonais et innovation formelle, l’exposition compose une méditation délicate sur ce qui relie profondément l’art et le vêtement : la manière dont une surface peut émouvoir le regard avant même d’être comprise.
Exposition jusqu’au 21 juin -26
Musée national d’art moderne de Kyoto・26-1 Okazaki Enshōjichō, Sakyō-ku, Kyoto








Qu'en pensez-vous ?