Ukraine・Le mal qui reste

Ukraine・Le mal qui reste

Les cicatrices invisibles de la guerre

Il y a ce que la guerre détruit sous nos yeux. Et puis il y a ce qu’elle laisse derrière elle, lorsque le fracas des combats s’éloigne : des absences, des souvenirs brisés, des corps meurtris, des paysages transformés et des blessures que le temps ne suffit pas toujours à refermer. C’est à cette mémoire persistante de la violence que Guillaume Herbaut consacre Ukraine · Le mal qui reste, exposition présentée à l’Académie des beaux-arts du 8 octobre au 29 novembre 2026.

Lauréat en 2024 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts, le photographe documente depuis le début de l’invasion russe les bouleversements qui traversent l’Ukraine. Son travail, nourri par une présence régulière sur le terrain, se déploie dans différents territoires et auprès de ceux qui vivent la guerre dans toutes ses dimensions : soldats engagés sur le front, combattants blessés, familles déplacées, civils confrontés à l’exil ou contraints de poursuivre leur existence sous la menace permanente des drones.

Photographier l’après, au cœur même du présent

Chez Guillaume Herbaut, la photographie documentaire ne se contente pas d’enregistrer l’événement. Elle cherche ce qui affleure derrière lui.

Ses images racontent la guerre dans sa matérialité – destructions, ruines, territoires meurtris – mais également dans ses manifestations plus silencieuses. Une chambre abandonnée, un visage, un paysage, une présence humaine peuvent devenir les fragments d’une histoire plus vaste, celle d’une société confrontée à une violence dont les conséquences excèdent largement le temps des combats.

L’Ukraine photographiée par Guillaume Herbaut est ainsi un territoire où le visible et l’invisible se superposent. Les traces laissées dans les murs répondent à celles qui s’inscrivent dans les corps et les mémoires. À travers cette approche, le photographe déplace le regard : il ne s’agit plus seulement de montrer la guerre, mais de comprendre ce qu’elle fait aux êtres et aux lieux.

La nouvelle grammaire de la guerre

L’exposition témoigne également d’un conflit qui transforme profondément les formes mêmes de la guerre. Les drones et les technologies militaires redessinent le rapport entre le front et l’arrière, introduisant une menace qui peut surgir à distance, presque sans prévenir.

Pour les populations civiles comme pour les soldats, cette présence invisible modifie le quotidien. L’attente, l’incertitude et la peur deviennent elles-mêmes des expériences photographiques.

Guillaume Herbaut observe cette nouvelle réalité sans chercher l’effet spectaculaire. Sa photographie privilégie au contraire la proximité, la durée et l’attention. Elle s’attache aux individus et à leur environnement, donnant à la grande Histoire une échelle humaine.

Le poids du silence

Ce qui demeure après la violence constitue le cœur sensible du projet. Le deuil, la perte, l’arrachement et l’exil composent une géographie intime qui ne disparaît pas avec la fin d’un bombardement.

À travers ses images, Guillaume Herbaut donne une forme à ces blessures moins immédiatement visibles : les traumatismes psychologiques, la fragmentation des souvenirs, la difficulté à retrouver une vie ordinaire. La guerre agit alors comme une présence durable, inscrite dans les gestes, les regards et les paysages.

Cette dimension confère à l’exposition une profondeur particulière. Car Ukraine · Le mal qui reste ne documente pas seulement un conflit en cours : elle interroge déjà la mémoire de ce conflit, ce que les sociétés conservent de la violence lorsqu’elle devient histoire.

Les paysages comme archives

Chez Guillaume Herbaut, les territoires portent eux aussi la mémoire des événements. Les paysages ne constituent jamais de simples arrière-plans : ils deviennent des archives silencieuses.

Une architecture éventrée, une rue désertée ou une étendue de campagne apparemment paisible peuvent contenir les traces d’une histoire récente. La photographie leur restitue cette capacité à témoigner.

Entre documentaire et méditation, le travail construit ainsi une forme de cartographie des cicatrices. Aux blessures physiques répondent celles du territoire ; aux destructions visibles, les fractures intérieures.

Une photographie de la mémoire

Ukraine · Le mal qui reste rappelle enfin la responsabilité particulière du photographe face à l’Histoire. Photographier la guerre, c’est témoigner de ce qui se produit, mais aussi tenter d’en préserver la mémoire.

Guillaume Herbaut choisit une voie où la puissance des images naît moins du spectaculaire que de leur capacité à rendre sensible ce qui échappe au regard immédiat. Ses photographies ne cherchent pas à refermer le récit : elles ouvrent un espace de réflexion sur ce que signifie vivre après la violence, reconstruire après la perte et habiter des lieux désormais chargés de mémoire.

À l’Académie des beaux-arts, l’exposition devient ainsi le portrait d’une Ukraine profondément marquée par la guerre, mais aussi une méditation sur ce qui survit à la destruction : les êtres, les souvenirs, les paysages et ces cicatrices silencieuses que le temps, parfois, ne parvient jamais tout à fait à effacer.

Académie des beaux-arts・23. quai de Conti 75006 Paris

www.academiedesbeauxarts.fr

 

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