Le monde à hauteur de regard
À la fin de l’été, Perpignan devient la capitale mondiale du photojournalisme. Pour sa 38e édition, Visa pour l’Image revient du 29 août au 13 septembre 2026 et transforme une nouvelle fois les lieux patrimoniaux de la ville en fenêtres ouvertes sur le monde. Expositions, projections, rencontres et remises de prix composent ce rendez-vous devenu essentiel pour celles et ceux qui considèrent la photographie comme un acte de témoignage autant que de création.

Cette année encore, les images racontent notre époque dans toute sa complexité : guerres en Ukraine et au Proche-Orient, migrations, dérèglement climatique, tensions politiques, bouleversements sociaux, mais aussi science, culture et grands événements sportifs. Parmi les temps forts, un hommage est consacré à Raymond Depardon, tandis que d’autres regards s’attardent sur Tchernobyl, les conséquences environnementales ou encore le travail des photographes du Washington Post.
Mais derrière l’actualité brûlante se dessine une question plus vertigineuse : peut-on encore croire ce que l’on voit ? À l’heure où l’intelligence artificielle brouille les frontières entre document et fiction, Visa pour l’Image rappelle la valeur irremplaçable du regard humain, du terrain et du temps consacré à comprendre avant de déclencher.
Le soir venu, le Campo Santo devient le théâtre des célèbres projections nocturnes.
Du 31 août au 5 septembre, six soirées gratuites réunissent photographes, professionnels et public autour des grands récits visuels de l’année.
Et cette édition porte désormais une émotion supplémentaire : Jean-François Leroy, qui avait fondé Visa pour l’Image en 1989 et en incarnait depuis près de quatre décennies l’exigence, est décédé le 31 août 2026. Défenseur infatigable du photojournalisme et de la liberté de raconter le réel, il laisse derrière lui bien davantage qu’un festival : une certaine idée de la photographie comme preuve, comme mémoire et comme conscience.
À Perpignan, les images continuent donc de parler. Elles nous montrent ce que nous préférerions parfois ne pas voir, donnent un visage aux bouleversements du monde et opposent à la vitesse des flux numériques la lenteur nécessaire du regard.
On s’attardera sur l’exposition consacré au photographe Khames Alrefi – Lauréat 2026 du Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) – Civils : Les premières victimes.

Dans toute guerre, les civils sont les premiers à payer le prix fort. À Gaza, ce prix se lit sur les visages des familles qui ont dû fuir, des enfants qui attendent les distributions de nourriture, des mères qui cherchent un abri, et des communautés qui tentent de survivre au milieu des bombardements, de la faim et des déplacements forcés.

Cette exposition présente le travail du photographe palestinien Khames Alrefi, qui documente le quotidien des habitants de Gaza qui vivent dans des conditions extrêmes. Ses photographies ne se concentrent pas seulement sur la destruction, mais aussi sur les êtres humains restés à l’intérieur de la bande de Gaza : les déplacés, les blessés, ceux qui ont faim, ceux qui sont en deuil et ceux qui continuent de s’accrocher à la vie malgré des pertes insoutenables.
Les images de Khames Alrefi révèlent la frontière fragile entre la survie et l’effondrement. Les civils n’y apparaissent pas comme de simples chiffres ou des victimes lointaines. Ce sont des personnes qui ont un nom, un foyer, des souvenirs, des peurs et une dignité. Les photographies montrent les conséquences de la guerre sur les gens ordinaires : des familles dormant dans des abris de fortune, des enfants grandissant au son incessant des explosions, des personnes à la recherche d’eau et de nourriture, et des communautés éprouvées par des déplacements répétés.

L’exposition est aussi un témoignage direct. Khames Alrefi n’est pas un observateur extérieur de la guerre. Il a saisi ces images en vivant le même quotidien que les personnes qui y figurent. Cette proximité confère à son travail un sentiment d’urgence et une force émotionnelle. Elle transforme les photographies en preuves, en souvenirs, et appelle à regarder en face le coût civil de la guerre.

Civils : Les premières victimes est un témoignage visuel de la souffrance, de la résilience, de la dignité humaine, et invite le spectateur à prendre conscience d’une vérité simple et bouleversante : derrière chaque image de guerre se cache une vie civile interrompue, déracinée ou perdue.
Visa pour l’Image, c’est cette élégance rare : regarder le monde en face, sans filtre, avec la photographie pour seule ligne de vérité.








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